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(Mrc 9,2-10; Luc 9,28-36; 2 Pi 1,16-18)
Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les conduisit à lécart sur une haute montagne.* Et il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voilà que Moïse et Élie leur apparurent conversant avec lui. Prenant la parole, Pierre dit à Jésus : « Seigneur, il nous est bon dêtre ici ; si tu le veux, faisons-y§ trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsquune nuée lumineuse les couvrit, et du sein de la nuée une voix se fit entendre, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui jai mis toutes mes complaisances : écoutez-le. » En entendant cette voix, les disciples tombèrent la face contre terre, et furent saisis dune grande frayeur. Mais Jésus, sapprochant, les toucha et leur dit : « Levez-vous, ne craignez pas. » Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur fit ce commandement : « Ne parlez à personne de cette vision, jusquà ce que le Fils de lhomme soit ressuscité des morts. »
(Mrc 9,11-13)
10 Ses disciples linterrogèrent alors, et lui dirent : « Pourquoi donc les Scribes disent-ils quil faut quÉlie vienne auparavant ? »* 11 Il leur répondit : « Élie doit venir, en effet, et rétablir toutes choses. 12 Mais je vous le dis, Élie est déjà venu ; ils ne lont pas connu, et ils lont traité comme ils ont voulu : ils feront souffrir de même le Fils de lhomme. » 13 Les disciples comprirent alors quil leur avait parlé de Jean-Baptiste.
(Mrc 9,14-29; Luc 9,37-43)
14 Jésus étant retourné vers le peuple, un homme sapprocha, et, tombant à genoux devant lui, il lui dit : « Seigneur, aie pitié de mon fils qui est lunatique et qui souffre cruellement ; il tombe souvent dans le feu et souvent dans leau. 15 Je lai présenté à tes disciples, et ils nont pas su le guérir. » 16 Jésus répondit : « Ô race incrédule et perverse, jusques à quand serai-je avec vous ? Jusques à quand vous supporterai-je ? Amenez-le-moi ici. » 17 Et Jésus commanda au démon avec menace, et le démon sortit de l’enfant, qui fut guéri à l’heure même. 18 Alors les disciples vinrent trouver Jésus en particulier, et lui dirent : « Pourquoi n’avons-nous pas pu le chasser ? » 19 Jésus leur dit : « À cause de votre manque de foi. En vérité, je vous le dis, si vous avez de la foi comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne : Passe dici , et elle y passera, et rien ne vous sera impossible. 20 Mais ce genre de démon nest chassé que par le jeûne et la prière. »
4. Chap. xvii, 21 — xviii, 35 : Dernier séjour à Capharnaüm. — Le didrachme (21-26). Se faire petit enfant (xviii, 1-6). Le scandale (7-11). La brebis égarée (12-14). Correction fraternelle (15-18). Avantages de la concorde (19-20). Le pardon des injures, parabole du roi qui fait rendre compte à ses serviteurs (21-35).
(Mrc 9,30-32; Luc 9,43-45)
21 Comme ils parcouraient la Galilée, Jésus leur dit : « Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes, 22 et ils le mettront à mort, et il ressuscitera le troisième jour. » Et ils en furent vivement attristés.
23 Lorsquils furent de retour à Capharnaüm, ceux qui recueillaient les didrachmes§ s’approchèrent de Pierre et lui dirent : « Votre Maître ne paie-t-il pas les didrachmes ? » — 24 « Oui, » dit Pierre. Et comme ils entraient dans la maison, Jésus le prévenant, lui dit : « Que t’en semble, Simon ? De qui les rois de la terre perçoivent-ils des tributs ou le cens ? De leurs fils, ou des étrangers ? » 25 Pierre répondit : « Des étrangers*, — Les fils, lui dit Jésus, en sont donc exempts. 26 Mais pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, tire le premier poisson qui montera ; puis, ouvrant sa bouche, tu y trouveras un statère. 27 Prends-le et donne-le-leur pour moi et pour toi. »
* 17:1 XVII, 1. Marc, ix, 1, 9 ; Luc, ix, 28-36. Montagne : une tradition, qui remonte à S. Cyrille de Jérusalem et à S. Jérôme, désigne le mont Thabor, situé à 2 lieues au S. E. de Nazareth. Cependant le P. Patrizzi et beaucoup d’exégètes modernes opposent à ce sentiment de fortes raisons : ils indiquent une des cimes du grand Hermon, beaucoup plus au nord, et voisin de Césarée de Philippe. 17:2 2. Vulg., blancs comme la neige. 17:3 3. La transfiguration de Jésus est le point culminant de sa vie publique, comme le baptême en est le point de départ. Pour la seconde fois, Dieu le Père le reconnaît pour son Fils unique et bien-aimé. Tandis que le faux judaïsme le repousse, le judaïsme véritable, dans la personne de ses plus augustes représentants, Moïse et Élie, c’est-à-dire la Loi et les Prophètes, le reconnaît et l’adore. L’ancienne Alliance et la Nouvelle se rejoignent sur le mont glorieux, comme la justice et l’amour s’uniront sur une autre colline, qui est déjà à l’horizon de Jésus. (S. Chrys.) § 17:4 4. Faisons-y. D’autres manuscrits, j’y ferai (dresserai). * 17:10 10. Marc, ix, 10-12. 17:14 14. Marc, ix, 13-26 ; Luc, ix, 37-43. 17:21 21. Marc, ix, 29-31 ; Luc, ix, 36-45. § 17:23 23. Didrachme, double drachme, impôt religieux et national, que tout Israélite âgé de vingt ans devait payer pour l’entretien du culte. Le texte porte les didrachmes, c’est-à-dire le didrachme de chaque année. * 17:25 25. Des étrangers, de ceux qui n’appartiennent pas à la famille du roi. Jésus se dit donc fils de Dieu. 17:26 26. Statère, pièce d’argent de 4 drachmes, valant un sicle (3 fr. 60).